mardi 14 octobre 2014

Le quotidien de deux barangs



           Vous avez été plusieurs à nous demander plus de renseignements sur notre quotidien ici, une journée type, les coutumes, la société. Alors on a essayé de retracer pour vous une journée ordinaire de deux barangs (françaises) au Cambodge.


              Le matin le réveil sonne à 7h30. Mais ça fait déjà un bon moment que notre sommeil est perturbé par les ouvriers à côté qui commence le travail à 7 heure pétante ! On a une chambre dans un bâtiment d’une association catholique. Une grande chambre avec deux lits vétustes à ressort –enfin plus qu’un puisque Lucile a décrété un matin qu’elle dormirait mieux le matelas à même le sol- une petite salle de bain à la cambodgienne, entendez par là avec un pommeau de douche au-dessus des toilettes et de l’eau froide. C’est parfait pour nous, après une journée dans la chaleur tropicale, une bonne douche froide nous revivifie. Il y a aussi deux ventilateurs au plafond, nos meilleurs amis. On a découvert il y a quelques jours que la vitesse 6 qu’on mettait toujours, correspondait en fait à la vitesse 1. Autant que maintenant, quand on met la vitesse 1 (qui correspond) à la vitesse maximum, on a tout à coup l’impression de se balader au mois de novembre sur la côte bretonne ! 



          Et puis il y a aussi des fenêtres, certaines avec des vitres, d’autres avec des moustiquaires. Avec une si légère isolation, c’est comme si on dormait au milieu du chantier. Les ouvriers travaillent du matin au coucher du soleil, 7j/7 perchés sur des échafaudages en bois. On croirait une astucieuse construction d’allumette autour de la maison. 



           Une fois debout notre préparation pour partir au foyer est longue …. En effet depuis que  nous sommes ici nous avons pris gout au rythme cambodgien qui s’inscrit dans la lenteur. On prend notre petit déjeuner, comme tous nos autres repas, sur une natte en paille à même le sol, et avec notre vaisselle rudimentaire : 2 mini bols en plastique fleuris, deux énormes cuillères de la taille du bol (à l’achat on n’avait pas encore compris qu’elles étaient utilisées pour servir le riz), et d’un couteau tout neuf ! On peut même consacrer du temps à lire un bouquin ou à buller en regardant le plafond. N’entendez pas par là qu’on s’ennuie, bien au contraire, on prend le temps de vivre sans stresse ! On enfile un short, un tee-shirt et une paire de tongue : notre bleu de travail quotidien ! On finit de rassembler les affaires, et nous voilà parties pour le foyer sur nos deux petits vélos.

          8h30, après une grande traversée dans les rues cabossée et caillouteuse, d’une durée inférieure à 2 min, on passe à peine le portail que les enfants viennent nous accueillir « hello teachers ! », « hello Manoun and Loucile ! ». Les enfants eux sont déjà debout depuis 5h30, c’est l’heure pour un cambodgien, moment idéal pour profiter de la fraicheur matinale. Le programme de la journée commence toujours par une heure d’anglais. On sort les tables, une dehors et une à l’intérieur. On a en effet décidé de scinder les enfants en deux groupes de niveau pour faciliter l’apprentissage de la langue.
          Le reste de la matinée est la plupart du temps consacré à une activité manuelle, ainsi que des petits jeux improvisés qui représentent toujours d’agréables moments d’échange avec les enfants.


          11h30, pause déjeuner, « see you this afternoon teacher ! ». La plupart du temps on va déjeuner au marché, dans un espèce de petit restaurant à l’extérieur du marché qu’on a pris l’habitude d’appeler un « boui-boui ». Quelques tables en plastique, devant une cuisine noircie par les fritures. Il est tenu par une famille de 3 enfants, qui sont d’avantage en âge d’aller à l’école que de rapporter l’argent à la maison, parfois ils sont 4 quand on a besoin de bras supplémentaires. Très économique malgré les détritus qui jonchent le sol, les fumées de cuisine, et le choix de plat assez restreint. On alterne entre fried rice (riz sauté aux légumes) et riz blanc avec poulet grillé. On a beau devenir des habituées du lieu, à chaque fois les clients, enfants comme adultes, dévisagent les deux barangs qui viennent manger au marché.


           Parfois, histoire de varier un peu nos menus, on mange à l’intérieur du marché, en picorant divers aliments dans les dédales du marché. La chaleur y est étouffante et les odeurs des différents produits se mélangent pour parfois devenir écœurant. Ne jamais traverser le rayon de la viande crue qui reste toute la journée dans cette chaleur au milieu des mouches que l’on chasse avec des éventails en plastiques. Ce qu’on aime bien avec cette option là, c’est qu’on découvre toujours des nouveaux produits, des nouvelles saveurs, on est rarement déçues, parfois surprises, et souvent comblées par ces saveurs traditionnelles. On adore également gouter à de nouveaux fruits toujours plus exotiques. Le totom est de loin notre découverte préférée, d’aspect extérieur on dirait une pomme, mais à l’intérieur des grosses pulpes rouges (des cellules comme dit Lucile) telle une grenade. On aime bien aussi le dragonfruit ou ply en khmer, qui nous impressionne toujours par sa couleur rose fuchsia d’extérieur, et à l’intérieur c’est la surprise, parfois blanc avec des pépins noirs, parfois violet. Il arrive aussi que nos habitudes gustatives d’européennes nous invitent à aller manger sur le bord du Mékong où on trouve des plats occidentaux, et où nous y avons pris nos petites habitudes.
          La pause déjeuner est aussi le moment que l’on consacre pour faire des achats pour les activités avec les enfants, où pour la maison.

           12h30 : retour chez nous. Le rythme des cambodgiens veut qu’ils prennent leur douche le midi. Etrange pour des occidentaux comme nous qui se disent, « mais vous allez  de nouveau transpirer cet après-midi, c’est inutile ». Oui, mais on a quand même essayé de s’adapter pour mieux les comprendre. Et c’est vrai qu’une bonne douche froide le midi, permet de garder son corps à une température agréable. De plus on s’est rendu compte qu’ici les matins étaient plus chauds que les après-midi. Après la douche rafraichissante, une petite sieste s’impose ! On prend soin de finir de préparer les activités pour l’après-midi, où tout simplement de lire un bouquin pour se détendre. Ici aussi la sieste est quasi religieuse. Enfin jusqu’à 13h lorsque les ouvriers reprennent le travail ! Ce qui  ne nous empêche pas de somnoler jusqu’à presque 14h … mauvaise habitude que nous prenons !

          14h : retour au foyer. « Hello teacher ! », « How are you Loucile and Manoun ? ». Toujours aussi bien les enfants, on est toujours ravies de vous retrouver. L’après-midi une fois sur deux c’est ordinateur. L’autre après-midi est consacré à diverses activités en tous genres. Parfois les enfants nous surprennent à débarquer au milieu de l’activité avec une assiette remplit de riz ou de poulet. Et oui, ici quand on a faim à 16h, on mange à 16h. Après tout le repas du soir pour un cambodgien commence vers 17h. Donc souvent la mama qui s’occupe de l’intendance, nous appelle dans la cuisine pour nous faire gouter ses mets raffinés. Enfin pas toujours très raffinés quand il s’agit de gouter un bébé canard qui a cuit comme un œuf dur ! 

           17h : fini de note journée au foyer. Un soir sur deux on se rend sur les bords du Mékong pour bénéficier d’une connexion internet. Skype, blog, mails, préparation des activités, on n’a pas le temps de trainer ! Vers 19h on compte à emporter, parce qu’à 19h c’est le couvre-feu, on doit être de retour chez nous pour que le gardien puisse fermer la grille. Avec un peu de chance on va rentrer sous un ciel clair, parfois c’est sous une pluie diluvienne de mousson que nous rentrons chez nous. Les autres soirs, on mange chez nous, sur notre paillasse, avec des plats concoctés par nos soins. On a découvert les multiples possibilités que peut offrir une bouilloire ! Notre seul équipement électroménager. Une soupe chinoise, une soupe déshydratée, un thé, des pâtes au ton avec les pâtes de la soupe chinoise, de l’eau potable quand on a plus d’eau en bouteille, et même de quoi faire une lessive à la main avec de l’eau chaude ! Un vrai luxe ! On doit avouer qu’on aussi bien contente d’avoir découvert récemment une bakery on l’on peut trouver du pain frais pour accompagner nos salades, sandwichs, thon et petit déjeuner !



            Nos soirées sont aussi rythmées par les tâches ménagères (lessives, éradication de l’invasion de fourmis, coup de balai en paille et puis rangement de nos affaires puisque tout ici trouve sa place à même le sol), préparation des activités, lecture, douche, rêverie … bref on prend du temps pour nous. Même s’il semble passer trop vite, les journées défile à une vitesse incroyable.
            23h : on s’endort au côté des lézards qui parcourent les murs de notre chambre le soir, et au croassement des crapauds les soirs de pluies.
Et puis il y a le dimanche, où nous n’allons pas au foyer. Les ouvriers eux travaillent toujours à la même heure, donc pas de grasse mat’ pour nous. On alterne pendant ce jour de « congé » virée en moto dans les chemins de campagne, sortie à la piscine d’un hôtel, visite de la ville et de ses environs.



             Bien que notre petit rythme quotidien semble routinier, on fait toujours de nouvelles découvertes, de nouvelles rencontres, on trouve de nouvelles astuces pour améliorer notre quotidien, ou alors on se fixe des petits objectifs au jour le jour, qui finalement font de chaque journée, une journée différente et singulière.

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